Si les cartographes professionnels savent comment faire des cartes correctes, l’inévitable pression est d’en publier plus, plus rapidement et à moindre coût. Une armée de plus en plus grande de « néo-cartographes » a, elle aussi, ses propres besoins. Nico Regnauld nous détaille les défis et présente quelques outils utiles pour les solutionner.

Une carte est un outil puissant pour présenter des informations, ces dernières étant toujours d’une manière ou d’une autre en relation avec une localisation. Cette relation à la localisation peut prendre plusieurs formes : des coordonnées géo-référencées, des adresses, des noms de lieux ou encore des positions géographiques par rapport à d’autres choses (par exemple, à 5 km au nord de Paris). Une carte s’impose d’elle-même quand il s’agit de rassembler plusieurs types d’informations, afin d’aider le lecteur à repérer rapidement la corrélation entre elles. Elle devient un outil d’analyse puissant afin de soutenir le processus de prise de décision. Un excellent exemple remonte à 1854, lorsque le Dr John Snow a cartographié une épidémie de choléra à Londres. En notant que les cas connus (représentés comme des piles sur la carte ci-dessous) étaient regroupés autour d’une pompe à eau particulière, il a découvert que la source de l’infection bactérienne était l’eau, et non l’air comme on le croyait alors.



Les données devenant de plus en plus facilement disponibles, de nombreuses nouvelles cartes peuvent être créées et utilisées. Cela signifie-t-il que nous disposons de toutes les cartes dont nous avons besoin ? Ou y a-t-il encore des limites à l’exploitation pouvant être faite de toutes ces données ?
Qui crée les cartes ?

Traditionnellement, les cartes ont toujours été réalisées par des cartographes professionnels, spécialisés dans l’art de représenter le monde environnant afin qu’il puisse être compris par tous.
Cette définition plutôt abstraite reflète uniquement le fait que les cartes peuvent être réalisées dans des buts très différents, chacun d’entre eux affectant le contenu de la carte et l’échelle à laquelle elle est réalisée. Les cartes sont généralement compilées pour des organisations ayant des besoins spécialisés : les cartes topographiques, les cartes routières, les cartes maritimes ou de vol, les cartes géologiques…
De telles organisations collectent généralement leurs données et publient une gamme de cartes qui en sont dérivées. Certaines d’entre elles sont utilisées pour un usage général et sont largement disponibles, comme les cartes topographiques qui peuvent servir pour les loisirs en plein air ; d’autres sont ciblées pour une utilisation très spécifique telle que la navigation côtière. Ces agences capturent et maintiennent généralement de grandes quantités de données au plus haut niveau de détails, à partir desquelles elles pourront dériver de nombreuses cartes.
Ces dernières années, un autre type de cartographe commence à émerger, désigné sous le nom de néo-cartographe. Le néo-cartographe a souvent peu d’expérience, voire aucune, en cartographie. Son but est de réaliser, lui-même, une carte de ce dont il a besoin et quand il en a besoin. S’il peut le faire, c’est grâce au fait que les données sont de plus en plus facilement accessibles et prêtes à l’emploi ; le néo-cartographe a aussi accès à des logiciels conçus pour l’aider à réaliser sa carte. Ce n’est pas pour autant une tâche facile. Il faut trouver et intégrer les données, souvent à partir de sources multiples, les symboliser et les qualifier afin d’obtenir une carte. Des logiciels SIG gratuits, tels que la plateforme Open Source QGIS, peuvent l’aider dans ces tâches mais créer des couches cartographiques et leur symbolisation est beaucoup plus complexe à réaliser. Rien ne garantit un résultat visuellement correct et, sans connaissance cartographique, le néo-cartographe devra passer par un certain nombre de tentatives de stylisation avant d’espérer obtenir un résultat acceptable.

À quels défis font face les cartographes ?

L’industrie de la cartographie professionnelle sait comment réaliser des cartes correctes. Le défi consiste, pour ces professionnels, à les réaliser plus rapidement, à moindre coût et en plus grand nombre. Réduire les coûts de production est un objectif évident car la cartographie implique encore beaucoup de processus manuels, en particulier pour généraliser les données afin de les rendre appropriées à la cartographie aux plus petites échelles. Accélérer le processus de création d’une nouvelle carte ou de mise à jour des cartes existantes présente déjà un défi. Ceci s’applique tout particulièrement aux organisations telles que les Agences Nationales de Cartographie et du Cadastre qui couvrent de vastes territoires avec une cartographie détaillée.
Dans la plupart des pays, le cycle de révision des cartes topographiques en format papier à grande échelle peut être comptabilisé en années. Par ailleurs, comme nous pouvons le voir avec la prolifération des néo-cartographes, ces organisations doivent faire face à une demande croissante pour une gamme plus large de cartes ciblées pour des usages spécifiques. Pour augmenter leur réactivité face aux besoins du marché, il leur faut des méthodes efficaces pour dériver de nouveaux produits sur base de leurs données. La généralisation automatique est essentielle pour atteindre cet objectif.
Du point de vue du néo-cartographe, le défi est de trouver les données, de les intégrer et de les styliser, le plus grand frein étant le stade de l’intégration.
Plutôt que de considérer les néo-cartographes comme une menace pour les cartographes traditionnels, il serait intéressant d’observer la nature complémentaire de leurs tâches. L’Association Cartographique Internationale l’a d’ailleurs reconnu, en août 2014, en créant une commission sur la néo-cartographie afin de faciliter la discussion et la collaboration entre ces deux domaines.
La création de séries de cartes ou même de cartes simples pour des marchés de niche est peu rentable pour les Agences Nationales de Cartographie. Leur travail consiste plutôt à créer et à tenir à jour des données fiables, et à les rendre disponibles via des géo-portails afin que les utilisateurs puissent s’en servir pour faire leurs propres cartes. Ces données sont souvent livrées sous la forme d’un ensemble de cartes de base à plusieurs échelles, le plus souvent au format raster, mais parfois aussi en format vectoriel. Alors que ces cartes sont en général destinées à être utilisées pour un usage spécifique, elles sont de plus en plus souvent utilisées comme fonds de cartes pour des données thématiques. C’est clairement le but, par exemple, de la gamme de produits OS VectorMap® de Ordnance Survey en Angleterre. L’industrie cartographie professionnelle commence donc à fournir au néo-cartographe de meilleures données de base pour ses cartes. Mais qu’en est-il des outils mis à sa disposition ?

Intégration et généralisation des données

Via des logiciels prêts à l’emploi, il est possible d’effectuer de l’intégration de données et de la généralisation dans une certaine mesure. Cependant, ces outils nécessitent des compétences, souvent en programmation, et exigent du temps pour fournir de bons résultats. Les Agences de Cartographie ont investi massivement dans le développement de systèmes de généralisation automatique et quelques-uns sont maintenant opérationnels, offrant différents niveaux d’automatisation. Ce sont néanmoins tous des systèmes personnalisés qui exigent un investissement significatif. De telles solutions ne sont donc clairement pas une option intéressante pour les néo-cartographes. S’ils veulent appliquer de la généralisation à leurs données, il leur faudrait alors apprendre à exploiter les outils SIG interactifs actuellement disponibles. Il en est de même pour l’intégration.
Depuis longtemps déjà, 1Spatial a compris la nécessité de traduire une grande partie de l’expertise du cartographe sous forme de logiciels. Pour les cartographes traditionnels, de tels logiciels accélèrent leur travail, permettent de réduire les coûts et de mettre à jour les produits d’une manière plus rapide, tout en produisant une plus large gamme de cartes sans augmentation des effectifs. Pour les néo-cartographes, ces logiciels élargissent leurs horizons en termes de traitement de données, d’intégration et de généralisation. Au final, une large gamme de cartes, de meilleure qualité, peut être produite plus rapidement.
La solution 1Integrate a été conçue pour aider au nettoyage des données des utilisateurs et à l’intégration de données provenant de sources multiples. 1Integrate utilise un éditeur offrant aux utilisateurs la possibilité de créer des règles afin de détecter les correspondances entre les caractéristiques des objets d’origines diverses et d’effectuer les actions d’intégration nécessaires.
1Generalise, comme son nom l’indique, est un logiciel offrant des capacités de généralisation prêtes à l’emploi. 1Generalise est principalement conçu pour fonctionner dans des environnements de production au sein d’organisations souhaitant dériver rapidement de grandes cartes ou séries de cartes, mais aussi mettre à jour celles déjà existantes. Sa simplicité de configuration étant un de ses principaux atouts, 1Generalise possède les bases pour évoluer vers la création d’un service de généralisation à la demande au bénéfice des néo-cartographes.