Au-delà de l’intérêt du thème directeur, consacré cette année aux personnages qui ont façonné l’histoire, les Journées européennes du Patrimoine conduisent à s’interroger sur la composante caractéristique du cadre de vie en France que sont les monuments historiques.

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Avec 40.000 édifices et sites inscrits ou classés, dont la moitié sont privés, notre pays est l’un des plus riches sur le plan du patrimoine bâti protégé. L’émergence de la notion de développement durable place ces édifices protégés au coeur de ce nouveau défi fondamental pour l’avenir de notre société. En effet le concept même de développement durable inclut une triple dimension de transmission de savoir de création de valeur, et de préservation active d’un « capital environnement ». Le témoignage des monuments privés est donc particulièrement précieux, emblématique et exemplaire.

– « Supports de mémoire », selon la belle expression de l’architecte des bâtiments de France, Gabriel Jonquères d’Oriola, ces édifices protégés constituent également un centre de ressources, à l’échelle de notre pays, recensant l’évolution et la diversité des techniques de construction.
– Sur le plan économique, leur présence se révèle essentielle que ce soit par le maintien en France d’emplois qualifiés non délocalisables, par le développement de l’attractivité des territoires ou par la création d’emplois directs sur site.

– Enfin, inscrits par nature dans la « culture de la durabilité », poursuivie et entretenue avec ferveur par leurs propriétaires-gestionnaires, au cours des siècles, les monuments historiques privés révèlent aujourd’hui une forte correspondance entre l’esprit qui a présidé à leur construction et les aspirations de notre temps pour un habitat moins agressif envers l’environnement. Les parcs et jardins qui les entourent traditionnellement sont un cadre irremplaçable pour la préservation de la biodiversité : flore, faune, insectes et même micro organismes du sol.

Il faut cependant reconnaître que l’esthétique des bâtiments anciens et les principes de la protection des sites place parfois ceux-ci en contradiction avec l’aspect visuel de certains aménagements liés au développement durable: isolation, énergie photovoltaïque, éoliennes…
A dix ans de l’échéance posée par les directives environnementales du Grenelle comment ces édifices vont-ils relever ce défi particulier qui les concerne ?

Pour ces raisons, la Demeure Historique a décidé de mettre à l’honneur, pour les journées du patrimoine, le thème des « Monuments historiques au coeur du développement durable ». Cette thématique sera l’objet du prochain Congrès national de la Demeure Historique qui aura lieu le 23 novembre 2010 à l’Espace Cardin à Paris de 10h30 à 17h.

Par ailleurs, les Journées européennes du Patrimoine restent un rendez-vous annuel incontournable pour la Demeure Historique qui saisit cette occasion pour dresser un bilan des actions menées. En effet, lors de l’édition 2009, nous avions alerté l’opinion sur les risques initiés par certaines politiques engagées par le Gouvernement dans le domaine du Patrimoine.

Ainsi, et malgré les appels aux pouvoirs publics, plusieurs dossiers font toujours l’objet de vives inquiétudes, notamment la protection des abords et le désengagement des collectivités territoriales quant aux crédits affectés à la restauration des monuments historiques privés. Soulignons enfin le statu quo observé depuis plusieurs années sur les questions de droit social ou sur la formation des maîtres d’ouvrage résultant de la restitution de la maîtrise d’ouvrage aux propriétaires privés de monuments historiques.