Une équipe de chercheurs français du Laboratoire de météorologie physique et italiens de l’ISAC CNR à Bologne et du comité Ev-K2-CNR de Bergame vient de mettre en évidence deux phénomènes inquiétants.

Poussée par les vents, la forte pollution carbonée des grands centres urbains de l’Asie du sud-ouest gagne les hauts sommets himalayens, provoquant en chemin la production secondaire de grandes quantités de nanoparticules.

Une situation qui fait craindre le pire en terme de fonte des neiges dans cette région du globe.

Le dioxyde de carbone est considéré comme l’ennemi n°1 dans la lutte contre le changement climatique, mais le système climatique est complexe et les études montrent de plus en plus que les particules atmosphériques sont aussi des acteurs importants du réchauffement global. Il est communément admis (voir le rapport du GIEC) que les aérosols atmosphériques ont globalement un effet de refroidissement sur le climat, mais ceci cache des réalités très variables. Certaines particules, notamment celles issues de la combustion comme les suies, absorbent les rayonnements solaires et produisent localement un réchauffement important, du même ordre voire plus grand que les gaz à effet de serre.

C’est en particulier ce que connaissent les grandes métropoles du sud-ouest Asiatique (Inde, Pakistan ou Népal), très polluées par d’énormes nuages noirs atmosphériques. Mais le problème ne s’arrête pas là. Les particules de suie contenues dans ces nuages pourraient en effet être transportées sur des milliers de kilomètres jusque dans des zones éloignées et vierges de pollution.

C’est précisément ce que viennent de montrer des chercheurs du Laboratoire de météorologie physique à Clermont-Ferrand, associés à des chercheurs italiens de l’ISAC CNR à Bologne et du comité Ev-K2-CNR de Bergame qui finançait le projet. Portée par les vents de pente en provenance des plaines situées au pied de l’Himalaya, la pollution particulaire des villes se retrouve jusque sur les pentes de l’Everest, à plus de 5000 m d’altitude. Des concentrations tout à fait conséquentes de particules de suie ont ainsi été mesurées dans l’atmosphère à ces altitudes.

Ils ont également mis en évidence que la zone de mélange entre d’une part l’air propre qui descend des hauts plateaux tibétains et des hautes couches de la troposphère durant la nuit et d’autre part les masses d’air pollué qui montent de la vallée durant la journée induisait, de manière extrêmement fréquente, la formation de nouvelles particules de dimensions nanométriques. Et leurs mesures indiquent que ces épisodes de formation de nanoparticules augmentent les taux de petites particules déjà présentes dans l’atmosphère d’un facteur 10 ! C’est la première fois qu’une production aussi régulière de nouvelles particules est mise en évidence à haute altitude.

Les conséquences de cette situation sont encore difficiles à évaluer, mais il est clair que les particules de suie transportées jusque sur les sommets de l’Himalaya vont augmenter le taux de fonte des glaciers, soit en réchauffant l’atmosphère soit en se déposant sur la neige de surface. Quant aux nanoparticules nouvellement formées, portées par les vents de pentes, elle sont injectées dans les hautes couches de la troposphère où leur temps de vie sera très long et leur impact important.

Ajouter à cela les estimations à la hausse des futures émissions carbonées dans cette région du monde, les préoccupations des scientifiques sont fortes concernant l’évolution de l’environnement dans cette zone extrêmement vulnérable.

Source : CNRS