Il est temps que le secteur de l’énergie soit à son tour bousculé par le collaboratif.

Comment le collaboratif a tout bouleversé. Le principe de base du collaboratif est de faire participer le consommateur aux activités de l’entreprise en le rémunérant. Dans cette optique, tout individu peut exercer une activité à son échelle et liée à son quotidien. L’idée n’est pas neuve, mais c’est Internet qui a simplifié sa mise en œuvre en démultipliant la visibilité de la petite annonce publiée autrefois au cœur de nos quotidiens. Il est maintenant possible de toucher beaucoup plus de clients potentiels qu’auparavant et sur une zone géographique beaucoup plus vaste.

Ainsi, les plateformes de mise en relation entre particuliers et professionnels se sont multipliées, à tel point que l’utilisateur peut parfois se retrouver perdu parmi l’étendue des solutions à sa disposition.

D’ailleurs, après le temps de la découverte qui a accompagné l’explosion du secteur collaboratif, est venu celui de la consolidation : certains sites ont fermé, d’autres ont été rachetés par des grands groupes et les plus viables sont parvenus à se renforcer, le plus souvent à l’aide de levées de fonds. Ce dont l’internaute a besoin désormais, c’est à la fois d’un support qui soit optimisé au niveau ergonomique et surtout d’une plateforme de confiance.

De plus, le collaboratif permet d’aller encore plus loin en proposant à l’utilisateur de conseiller, à son tour, d’autres consommateurs.

Il est possible de distribuer le service client d’une entreprise et de mettre à contribution ses propres utilisateurs pour apporter de précieux conseils à d’autres utilisateurs d’un même service.

Le secteur de l’énergie est prêt. La production d’énergie s’est développée sur notre territoire en suivant un modèle très centralisé, dont les conséquences les plus visibles sont les centrales nucléaires, les lignes à haute tension et un acteur unique pour gérer l’ensemble. Ce modèle découle de la contrainte principale qui pèse sur l’électricité : cette énergie ne peut pas être stockée. Cette contrainte impose un équilibre permanant entre la production et la consommation. Pour y arriver, il faut contrôler ces deux pans simultanément. Tant que les systèmes de communication étaient chers, fragiles, lents, l’équilibre du réseau électrique ne pouvait être assuré que par « grosse maille ». Cette contrainte technique, et probablement aussi un peu l’esprit jacobin français, a créé le système électrique français. Celui-ci a permis pendant longtemps une électrification de masse, de qualité et à bon prix. Ce n’est plus le cas.

On constate par exemple que, contrairement à une idée reçue, le prix de l’électricité sur les marchés de gros est moins cher en Allemagne qu’en France depuis quelques années.

La solution pour retrouver la compétitivité de notre système de production électrique se trouve donc dans la gestion de cet équilibre. Il suffit de s’inspirer des autres secteurs. Internet a permis de gérer l’équilibre offre/demande nécessaire à l’économie collaborative pour le transport, le logement, les objets d’occasion, etc. La qualité des réseaux de communication permet désormais de gérer l’équilibre du réseau électrique même si celui-ci est fortement décentralisé. C’est ce que recouvre le terme à la mode de « smart grid ».

En parallèle, émerge une nouvelle forme de production électrique : l’électricité renouvelable. La révolution vient du fait que la ressource nécessaire pour produire est disponible partout et à la disposition de tous.

Il n’est plus nécessaire de brûler du gaz, du fuel, du charbon ou de l’uranium pour produire de l’électricité. Un peu de vent ou quelques rayons de soleil suffisent. C’est là la porte ouverte à l’électricité collaborative, appelé aussi production renouvelable décentralisée.

Ainsi, tout est prêt techniquement et la course pour l’émergence d’une « plateforme internet » a commencé. Le vainqueur, celui qui donnera le coup d’accélérateur au déploiement de cette énergie collaborative, sonnera le glas de l’âge d’or de la production centralisée. Les fournisseurs alternatifs d’électricité sont aujourd’hui en tête de peloton.

Un cadre législatif légèrement plus favorable. Toutes ces évolutions dans le secteur de l’énergie n’étaient pas envisageables il y a quelques années encore. Outre l’aspect technologique, les réglementations ont également évoluées. Jusqu’en juin dernier, seul EDF pouvait par exemple racheter l’électricité à des particuliers en bénéficiant d’aides de l’État. Depuis, la loi s’est assouplie mais cela prendra encore du temps avant que l’ensemble des fournisseurs du marché obtiennent cette licence de rachat.

Par exemple, un petit village qui décidera de remplir un champ de panneaux solaires pour alimenter ses écoles, la mairie et autres établissements municipaux devra impérativement transiter par les réseaux de distribution d’électricité. Il est en effet interdit d’installer des structures de transport de l’énergie sans passer par les acteurs historiques français. Un petit pas légal a donc été franchi ces derniers mois, mais les efforts en la matière doivent s’intensifier pour inverser la tendance des énergies renouvelables dans l’Hexagone.

La France est en retard en matière d’énergies renouvelables, c’est un fait : mais en s’appuyant sur des initiatives innovantes, sur la vague collaborative et grâce à une évolution favorable de la législation, cette tendance pourrait s’inverser dans les années à venir. Et il ne tient qu’aux particuliers de participer à cette transition énergétique et ainsi bousculer les géants français du secteur.